Une planisphère rêvolutionnaire

… EN COURS D’ÉCRITURE !! …

UNE AUTRE CARTE DU MONDE POUR UN AUTRE MONDE !

L’œuvre de Gérard Onesta, créée il y a plus de 25 ans, est toujours d’une actualité criante. Profondément subversive, elle incite par ses conventions à un monde de paix et d’égalité. Unique en son genre (à ma connaissance) dans la radicalité de son approche et l’originalité de son histoire, je la trouve tellement chouette et rêvolutionnaire que je n’ai pas hésiter pas à en imprimer 10 000 exemplaires pour la diffuser partout !

METTRE FIN AU MONOPOLE CARTOGRAPHIQUE

Monopole ?

Et oui…

1- Elle est anti-impérialiste (contrairement à à peu près toutes les autres)

Si vous alliez en librairie (ce que vous n’aurez peut-être plus envie de faire après avoir lu tout ça!), pour acheter une planisphère, y’a un risque qu’elle ressemble à ça :



Je l’appelle maintenant : planisphère de la domination, européo-centrée, impérialiste, récupourrie, discriminante, rétrograde, raciste, capitalisto-centrée, périmée, et plein d’autres expressions à inventer… Il en existe en réalité plusieurs versions, avec des petites différences entre elles : couleurs des pays, drapeaux ou pas drapeaux, taille de la planisphère, etc. Mais ce sont des détails et sur le fond c’est toujours la même vision du monde, la même subjectivité qui est montrée.

Cette planisphère c’est le continent Africain en tout petit, sous l’Europe : le message graphique est que les africain·e·s sont en petit, en-dessous de nous. Ce message graphique peut amener à penser, ou trouver « normal » de penser : « Les africain·e·s sont en-dessous de nous, des inférieur·e·s quoi… ». Cette carte invite selon moi aux mécaniques racistes, à la discrimination, au néo-colonialisme, parce qu’elle suggère, par sa manière de représenter les choses, une hiérarchie, une inégalité entre les êtres humains. Dans cette vision, les pays artificiellement agrandis et placés en haut de la carte sont les mêmes qui s’autoproclament « développés », définissant les autres comme des « sous-développés » (ceux placés en bas de la carte, en-dessous du reste et en petit).

La planisphère que nous connaissons et qui est vendue partout « naturalise » en quelque sorte une vision culturelle qui affirme l’inégalité entre les êtres humains.

MONOPOLE

J’ai découvert la planisphère de Gérard Onesta récemment (en 2010), sur le mur de la cuisine d’une colocation de décroissant·e·s au fin fond de la Creuse…

Je n’ai découvert une autre vision de la planète Terre qu’à l’âge de 28 ans. En tous cas, c’est ce dont je me rappelle. Est-ce normal, est-ce souhaitable que je n’aie croisé à l’école, à la maison, chez les ami·e·s et la famille, chez mes camarades militant·e·s, pendant 28 ans, qu’une seule représentation du monde, toujours la même ? (ou presque).

Et ce n’est pas seulement sur des cartes du monde mais sur des vêtements, boîtes d’aliments, logos, tags, autocollants, sites internet, objets de décoration, souvenirs touristiques, etc. Ce serait presque pas un problème si cette ca

Planisphère impérialiste

Planisphère convivialiste

Rose des vents

Nord vers le haut

Sud vers le haut

Note : le Nord n’est ni en haut ni en bas, il est au Nord… C’est ni + juste ni + faux de le représenter en bas… Il n’y a pas de planisphère « à l’endroit » ou « à l’envers »…

Équateur

Vers le bas de la carte

Au milieu de la carte

Il y a plus de terres émergées au Nord de l’équateur. Les surfaces océaniques sont réduites pour que l’on voit mieux les terres émergées (et ce qu’il y a écrit dessus). Donc, avec la projection de Mercator (voir ci-dessous) tout cela amène à « repousser » l’équateur vers le bas de la carte.

Projection

Mercator (16ème siècle) : projection cylindre conforme, qui conserve les formes, les angles (mais pas les surfaces ; ex. : la russie a l’air beaucoup plus grande que le continent africain, alors que russie = 17 M km2 et continent africain = 30 M km2)

Peters (20ème siècle): projection cylindrique équivalente, qui conserve les surfaces, i.e. Les rapports de surface entre les masses continentales (mais ne garde pas les formes, ce qui donne un aspect allongé, étiré en hauteur)

Note : pour passer de la 3D à la 2D, il n’est pas possible de garder ET les formes ET les surfaces… Il faut choisir ! On ne peut pas dérouler une enveloppe sphérique sur un plan sans la déformer (pour s’en rendre compte : pelez une orange en la gardant le plus possible en un seul morceau, et essayez de le mettre à plat : ça marche pas, ça se déforme, ça se déchire…)

Limites

Frontières entre les êtres humains : limites administratives des États

Zones naturelles (formations végétales)

Note : au-delà des limites administratives, sur le planisphère propagande les méridiens (longitude) et les parallèles (latitude) sont très marqués et forment comme un grillage. Ça me fait penser au fait que nous avons l’air d’être prisonnier·ière·s du temps. Sur la vision convivialiste, l’information est présente mais de manière plus légère, quasiment imperceptible

Humain·es

Noms d’États

Noms de peuples (oui oui, tous ces trucs écrits en tout petit 😉

Note : les choix de représentation des peuples sont évidemment subjectifs et incomplets, la richesse humaine dans ce domaine ne pouvant être représentée sur un morceau de papier, d’autant que les peuples se mélangent, voyagent, et l’imbrication des humain·es rend presque impossible la définition de limites claires et figées

Support

Beaucoup des planisphères que j’ai trouvées dans le commerce sont plastifiées (pétrole)

Papier recyclé, encres végétales (imprimerie Escourbiac)

Et qui plus est une représentation qui invite à la discrimination, bien loin des idées d’égalité et de fraternité (entre frères) et sororité (entre soeurs) ? Comment peut se former mon esprit critique si je suis bombardé d’une seule opinion, d’une seule façon de voir les choses, à l’école et ailleurs ? Comment puis-je seulement croire qu’il existe d’autres façons d’appréhender la vie, quand il y a un monopole cartographique ? Comment ne pas croire que le monde C’EST ce qui est représenté là-dessus, si je n’ai pas d’autres représentations pour comparer

Les dates des éditions, pour celles décidées par Gérard ou moi, correspondent à des évènements historiques clés :

  • 12 octobre (édition 1992) : les amérindiennes découvrent Christophe Colomb, lui qui pensait être arrivé en Chine -la cartographie de l’époque était légèrement plus rudimentaire qu’aujourd’hui-, Cristophe Colomb le colon qui donne une dimension internationale à la guerre coloniale.

  • 8 mars (édition 2015, la première que j’ai coordonné) : journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Les femmes, classe, peuple opprimé sur l’ensemble de la surface planétaire par les hommes au travers du système de domination patriarcal.

  • 27 octobre 2017 : émergence d’un peuple dans la non-violence : la Catalogne proclame son indépendance.

 

Pourquoi dire et écrire « une planisphère » ?

1- Et pourquoi pas ? 😉

2- Cohérence : tous les noms terminant par -sphère dans la langue française sont féminins. Sauf 2 exceptions : planisphère et hémisphère. C’est plus cohérent linguistiquement que tout soit au féminin du fait de l’origine du mot : UNE sphère à plat = une planisphère (ce à quoi on peut répondre : non, c’est UN plan d’une sphère ; c’est pas faux!)

3- Usage : beaucoup de personnes m’ont écrit pour me dire qu’on écrit « UNE » planisphère et non « un », et utilisent dans le langage courant le terme au féminin. Donc le dictionnaire est contredit par l’usage d’une partie de la population (qui doit instinctivement appliquer la cohérence lexicale décrite ci-dessus)

4- Exemple : tout comme il est bon de renverser les conventions cartographiques (impérialistes), il est également bon de renverser les conventions linguistiques (sexistes). Changer le genre d’un mot est une manière de visibiliser la question des conventions de la langue française, et du rapport au genre.